Dieu Douanier Editeurs Artistes

Interview : Il s’agit du scoop du siècle !!! Nous avons réussi à interviewer Dieu !!!
En voici de larges extraits !


Interviewer Les hommes sont-il tous égaux devant Dieu ?
LUI Mais voyons donc, même les Dieux ne sont pas égaux entre eux. Pour ma part, il m’a fallu lutter ferme pour éliminer les plus faibles et ce n’est que très récemment que je suis largement considéré comme étant le Dieu unique du monde occidental. Il en va logiquement de même pour mes croyants : c’est à chaque individu de mériter un sort favorable. En rusant quelque peu, en faisant taire ses scrupules, un fidèle pratiquant pourra faciliter son accès parmi les privilégiés. Et s’il atteint ce stade, il pensera que c’est parce que j’approuve son comportement de bon chrétien. Il serait judicieux cependant qu’il fasse quelques dons à l’église pour assurer son éternité. De surcroît, il devrait régulièrement se confesser pour être pardonné au fur et à mesure de ses turpitudes. Quant aux pratiquants socialement défavorisés, il importe qu’ils conservent l’espoir du paradis céleste. Il ne faut tout de même pas qu’ils souffrent pour rien sur cette basse terre, car s’ils n’ont rien à perdre, ils deviendraient dangereux !
Interviewer La terre existe depuis plus de 20 milliards d’années ; que faisiez-vous donc avant que l’homme n’apparaisse pour vous vénérer ?
LUI Oh, je travaillais au noir…
Interviewer Existe-t-il un endroit sur terre que vous sauveriez en premier ?
LUI Bien sûr, sans l’ombre d’une hésitation ! C’est le Pont de Milvius. Vous vous rendez compte, si l’empereur romain Octave n’y avait pas remporté la bataille, on ne parlerait même plus de moi !!!!
Interviewer Revenant aux questions liées à l’égalité. Les femmes sont-elles les égales des hommes ?
LUI Non, mais elles jouissent d’un énorme privilège : elles sont issues de la côte d’Adam. Vous vous rendez compte, elles auraient fort bien pu naître d’une côte de mouton... Ou même de porc ! Non, pas de porc, parce que pour Moi, elles ne jouissent pas sexuellement. A l’exemple de la Vierge Marie qui enfante sans avoir forniqué. Bon, dans l’histoire de Sodome et de Gomhorre, où les hommes s’enculent, je punis tout de même la femme. Allez savoir pourquoi ! Et puis n’oublions pas que c’est Eve la salope qui a tout gâché. Il est donc bon que la femme n’apparaisse que de manière liminale dans nos institutions séculaires.
Interviewer Vous êtes d’une bonté infinie : comment pouvez-vous envoyer des êtres humains brûler dans d’horribles souffrances ? Tuer votre prochain est un péché, le faire souffrir de son vivant également, mais le tuer et le faire souffrir pour l’éternité, cela ne relève-t-il pas de la pathologie !
LUI Vous n’y êtes pas du tout : ce sont les pouvoirs terrestres qui ont développé cet outil pédagogique pour se faire obéir. En vérité, là-haut au paradis, il n’y a pas d’oxygène et on y meurt de froid. Tandis qu’en enfer, vous êtes bien au chaud au coin de la cheminée avec des gens qui ont profité pleinement de la vie. Et puis en bas, il y a la cave…
Interviewer J’ai compris ! Ces primitifs chevriers pensaient que plus ils prenaient de l’altitude, plus ils seraient à l’aise ?
LUI Exact : et savez-vous pourquoi ils m’ont affublé d’une barbe blanche ? Parce chez eux, l’Autorité, ce ne pouvait être que le Pater, celui qui maintient son pouvoir par ses colères et ses chantages permanents. Les bases de notre culture chrétienne...
Interviewer Et nous devrions vivre pour l’éternité à la droite de ce Dieu ? Ce n’est pas très attirant : je préférerais mourir entouré de 72 vierges…
LUI Je vous concède qu’il y a là une erreur de marketing. Notez que certains vont mourir entourés de 72 belles-mères. Mais de toute façon, pour l’homme, le paradis, c’est d’avoir des ennemis et de les vaincre. C’est donc sur Terre qu’il se trouve. Au ciel, je ne garantis guère que la promesse d’une vie éternelle au prix d’une cosmique monotonie.
Interviewer N’est-ce pas un peu narcissique de refuser sa propre disparition ? N’y a-t-il pas là un péché d’orgueil ?
LUI Non, c’est plutôt dû à l’instinct de conservation.
Interviewer Et comment arrive-t-on au paradis : amoché après l’accident de voiture, vieux comme à son décès, rajeuni par une machine à reculer dans le temps ?
LUI Vous n’avez rien compris, l’âme est immatérielle.
Interviewer Y avait-il une âme immatérielle avant notre naissance ?
LUI On s’en fiche : notre instinct de conservation ne concerne pas le passé.
Interviewer Passé, présent, futur, pauvres êtres humains qui sommes nous pour comprendre ces concepts ?
LUI Ne compliquez pas les choses. Il y a déjà eu ces empêcheurs de tourner en rond, ces Galilée et consorts…
Interviewer Mais qu’avez-vous donc contre Galilée ?
LUI Comprenez-moi, chaque fois que nous communiquons, il y a tôt ou tard un imbécile de scientifique pour nous contredire. C’est énervant à la fin. Nous avons donc résolu de prôner une fois pour toute la priorité de la Foi.
Interviewer Qu’est ce que ça change ?
LUI Eh bien, la Foi se suffit à elle-même. Nul n’est besoin de justifier quoique ce soit. Regardez, dans les bons vieux temps, on pouvait envoyer des êtres humains tuer et se faire tuer au nom de la Foi. Il n’y avait pas de place pour la tolérance dans un monde où le Croissant croît et où la Croix est croissante. Et même entre chrétiens, nul besoin d’être scrupuleux : vous tuez quelqu’un, il va au paradis : en somme, vous lui rendez service. Et s’il va en enfer, eh bien, c’est que vous avez bien fait de le tuer, il l’a sûrement mérité ! Heureusement, il existe encore de grandes nations qui considèrent que mourir pour l’état, c’est mourir pour Dieu. Ça confirme bien Ma suprématie.
Interviewer Si je comprends bien, il n’y a que les athées qui puissent vraiment respecter la vie parce qu’ils savent qu’elle est unique ?
LUI La vie n’est qu’un insignifiant passage sur cette terre consacrée à obtenir le pardon pour nos péchés; ceux qui l’apprécient sont des déviants.
Interviewer A propos de vie, vous avez constitué la terre en 6 jours, combien de temps vous faudra-t-il pour la réparer ?
LUI Voyez comme la Foi est utile ! La conviction que j’interviendrai vous permet de détruire en toute bonne conscience la planète au détriment des générations à venir, de continuer à prôner la relance de la consommation tout en pleurnichant sur son impact écologique, et pour ce faire, d’endetter les générations futures par la création de monnaie sans ajout de valeurs réelles.
Interviewer Mais n’avons-nous pas pris conscience de nos responsabilités ?
LUI Pas vraiment. Pour vous les occidentaux, l’écologie, c’est comme les impôts : c’est un réel problème, mais c’est au voisin de se sacrifier.
Interviewer En fait, le passage du singe à l’homme aura été fatal à la planète…
LUI Certes, mais tant que le singe n’était pas homme, il n’avait pas la Foi, puisqu’il n’avait pas d’âme…Et du coup je n’existais pas ! Vous me suivez ?
Interviewer N…non, pas vraiment
LUI Moi non plus…
Interviewer Eh bien néanmoins, merci pour cette interview qui va certainement relancer vos actions !
LUI Oui, et j’espère également introduire le chemin du Calvaire en 12 étapes aux Jeux olympiques. Le sport est très porteur pour ma cause : regardez ces braves footballeurs qui se signent avant d’aller tacler leur prochain.
Interviewer Merci, merci, grâce à Dieu.
LUI Mais c’était un plaisir de me manifester enfin.

Interview du DOUANIER

Journaliste Pourquoi ne peut-on plus sourire sur les papiers d’identité ?
Douanier Parce que le sourire défigure le visage d’un citoyen administré. En plus, il pourrait permettre aux terroristes de passer pour des gens normaux.
Journaliste C’est donc un impératif de sécurité avant tout ?
Douanier Disons que oui
Journaliste Mais alors, nous courons un gros risque avec les porteurs d’anciens passeports !
Douanier C’est exact, c’est pourquoi nous avons créé une structure d’accueil spéciale pour eux. Regardez ce guichet : Les administrés doivent lui passer devant en souriant, comme sur leur passeport (il désigne des gens passant devant un guichet avec un sourire complètement artificiel). Et puis voyez cet autre guichet à droite, c’est la file des administrés qui ont un passeport récent, donc dans les règles (montre un guichet devant lequel les gens passent en tirant la gueule). Et ceux qui passent devant ce guichet là en souriant sont immédiatement arrêtés pour subir un interrogatoire sévère.
Journaliste Merci monsieur le Douanier, grâce à vous, nous sommes désormais en sécurité.

Interview L’écrivain

Interviewer Visez-vous le chef d’œuvre ou le bestseller?

Ecrivain Le bestseller, bien sûr : ça aide à vendre, puisqu’on ne prête qu’aux riches. Au Mac Do aussi, on est flatté d’être servi par le vendeur du mois. D’ailleurs, le besoin du consommateur ne consiste pas vraiment à lire, mais bien plutôt à être le premier acheteur d’un auteur célèbre.

Interviewer Comment choisissez-vous le titre ?

Les éditeurs exigent qu’il déclenche l’acte d’achat. Aujourd’hui, Tolstoi utiliserait sans nul doute « Guère la paix », Emile Zola, « Zolala ». Pour un roman policier, rien ne vous empêche de recourir à « Crime en Crimée», et pour décrire un milieu carcéral, vous choisirez « Tension et détention » ou « Détenus retenus » (n’hésitez pas à admettre que c’est boulet).

Interviewer On dit que le public se forge une opinion sur un orateur dès sa première phrase. Cela vaut-il pour un livre ?

Ecrivain Absolument ! Au point que le texte qui suit ne présente plus guère d’importance. Les premiers mots permettent d’éveiller de la sympathie pour le personnage principal du livre : Par exemple, dans un roman d’amour italien, »elle adore la peinture; la peinture rouge de sa Ferrari », pour un roman français, « Lorsqu’un Godefroi-Isidore s’annonça au téléphone, sa dulcinée lui répondit « Ah oui, lequel ? », ou encore « il a toujours eu de la chance avec les femmes : il n’en a pas ». Si l’histoire de déroule en Suisse, « Je déteste la saleté, c’est pourquoi je ne fais jamais le ménage » fera un bon début.

Ces premiers mots peuvent servir à plonger le lecteur directement dans l’action : « Sachant qu’il arriverait en retard au bal masqué, il s’est déguisé en escargot ». Il vous est loisible de créer d’emblée une complicité avec le lecteur avec par exemple : « Lorsque deux êtres humains se rencontrent, l’un doit demander » ça va » et l’autre doit répondre « oui ».

La première phrase vous permet également de marquer d’emblée le haut degré de spiritualité de l’ouvrage: par exemple, selon vos affinités, vous écrirez, « L’homme descend du singe, il est tombé bien bas » ou au contraire « l’homme descend du singe, parfois il y remonte ». Mais attention, n’oubliez pas que dans la société contemporaine, la spiritualité ne vient qu’en seconde position, c’est la matière qui est première.

Interviewer Le lieu de l’action importe-t-il ?

Ecrivain : Oui, pour faire voyager le lecteur, il s’agit de situer le décor. Auparavant, c’était une tâche fastidieuse pour nous écrivains. Mais de nos jours, il suffit d’indiquer quelques sites internet ou de demander au lecteur d’utiliser son moteur de recherche favori. Il y trouvera des photos et des descriptions bien plus précises du milieu que tout ce que nous pouvons essayer de décrire avec nos mots si ternes et si rébarbatifs.

Interviewer Comment construisez-vous l’action ?

Ecrivain Il faut développer une intrigue. Pour ce faire, on mettra en scène un intriguant et un intrigué. Un conseil : restez simple. Des études ont en effet démontré qu’au-delà de 2,581 personnages, les lecteurs ne s’y retrouvent plus. Pour rendre l’intrigue vivante et réelle, commencez par narrer un événement banal que vos lecteurs vivent quotidiennement. Par exemple, une conversation anodine avec Jésus, ou le dernier passage d’une soucoupe volante au cœur de la nuit, qu’ils ont d’ailleurs prise en photo. Et surtout, bâtissez les rapports psychologiques entre vos personnages. C’est un must de nos jours. Par exemple, l’ego de l’intriguant sera amplifié par les projections qu’il fait sur l’intrigué, l’inconscient de ce dernier lui permettant de capter le ressenti, mais le surmoi de l’intriguant brouillera les pistes, l’intrigué répondant par son sursurmoi, en visant le sousmoi de l’intriguant, étouffant ainsi son ça. Mais attention, dans ce match de dominant / dominé, il faut un gagnant sinon on va droit aux penalties ! N’oubliez pas que la psychologie est une branche dérivée de la zoologie !

Interviewer L’humour est-il bon ou mauvais pour le succès en librairie ?

Ecrivain La réponse n’est pas noir ou blanc. La matière est grise. Par exemple, si vous saupoudriez votre interview de gags désopilants, personne ne vous prendra au sérieux. Toutefois une pincée d’humour pourrait faire oublier la vacuité de vos propos. Mais attention, évitez le mauvais goût du genre « Jesus, je fais une croix dessus », « une carrière , on s’y enfonce », »L’éléphant, c’est pour mémoire », et veillez à ce que les jeux de mots ne soient pas trop compliqués: par exemple « son CV aux WC « ou « il est BCBB » suffiront largement.

Interviewer : Et la fin ?

Ecrivain : La fin est capitale pour le succès d’un livre. C’est généralement la seule partie que le lecteur retient plus de 24 heures.

L’écrivain bénéficie d’un atout certain : le lecteur est bien disposé, il sait qu’il arrive bientôt au bout de sa corvée de lecture. C’est le moment de le faire rêver en lui racontant un truc totalement irréel : par exemple un banquier ou un assureur qui travaille dans l’intérêt de ses clients, ou un couple amoureux après 10 ans de mariage. Plus généralement, laissez entendre que le bon l’emporte sur le méchant, et que l’honnêteté est récompensée.

Mais le rêve que vous vendez dépend de votre lectorat. A l’écrivain de s’y adapter. Ainsi, si vos lectrices sont majoritairement des femmes au foyer, vous conclurez : « et ils furent heureux et n’eurent pas d’enfants ». Toutefois, pour la version chinoise, vous écrirez plutôt « et ils furent heureux et eurent un garçon ». Quant à la traduction arabe, vous écrirez « et ils furent heureux et eurent 3 garçons et une demi fille ».

Interviews : Artistes

Reporter : Chers auditeurs, nous avons réunis autour de cette table une brochette d’artistes phare de notre époque, et vous avez le privilège d’assister à une interview qui sans nul doute va entrer dans les AHAs (Annales de l’Histoire de l’Art).
Si vous le permettez, je commence par Boucher, un grand maî aî aî aître (vous aurez noté que Boucher et moutons s’associent) qui dérange par la violence de son expressivité…

Boucher : Oui, dans mes précédentes expositions, je me contentais de pendre un cadavre par les pieds ; mais c’est ringard maintenant. Tout le monde fait ça. Mon agent m’a donc conseillé de prendre plus de risques. Alors j’ai demandé aux visiteurs de la galerie de se faire une prise de sang, et ce sang , je le coule dans le péroné évidé de mon cadavre. Je fais en sorte que le visiteur puisse voir son propre sang finalement sortir par les narines du pendu. C’est là que les médias se sont mis à parler de moi. Le ressenti face à la mort, doublé de la crainte de faire revenir à la vie un cadavre, voilà un message qui va droit aux entrailles. Mais bon, ça ne suffit pas, il faut constamment surprendre pour rester in. La prochaine fois, je compte prendre deux cadavres mâles dont l’un encule l’autre, et en plus du sang, on versera du sperme.

Reporter Et le pipi caca ?

Boucher J’y ai pensé, mais c’est risqué. Le pipi est perçu comme régression, et du coup, vous mettez en jeu votre réputation d’avant-gardiste. Alors que le sperme et le sang sont des valeurs sûres.

Reporter : Merci, passons maintenant à ce grand artiste qui n’est plus à présenter, M. Blanc, vous portez bien votre nom, n’est-ce pas ?

Blanc : C’est un pseudo, en réalité, je m’appelles Lenoir.

Reporter : Vos toiles sont blanches, toute blanches …Est-ce un courant s’inscrivant dans le néohyperminimalisme ?

Blanc : En effet, je prône l’authenticité absolue. Mes prédécesseurs préparaient la toile, la blanchissaient et puis la tendaient soigneusement sur un châssis. Quel travail éreintant ! Ca n’a rien à voir avec du minimalisme. Dans mon manifeste, je revendique la contrainte absolue de ne RIEN faire. J’achète donc des toiles chez mon fournisseur et me contente de les jeter sur le sol de mon atelier.

Reporter : Mais alors, comment vous faites-vous connaître ???
Eh bien je parle. Plus précisément, je parle de Rien, et en cela, je m’inscris dans les valeurs fondamentales de notre société dont je dénonce de manière endogène l’absurdité et la vanité. Connaissez-vous beaucoup de dirigeants politiques qui parlent pour dire quelque chose ?? L’artiste doit être un reflet de sa société, voyez-vous. D’où ma visibilité qui n’est paradoxale qu’en apparence.
De surcroît, le Rien, l’Absence, souligne également la condition misérable dans laquelle vivent les opprimés : ça, il fallait que je le dise pour assurer ma réputation auprès des médias.

Reporter : Mais vous vendez ces géniales croûtes à une élite fortunée ?
Oui, parce que c’est à cette élite que s’adresse mon message. Les prolos sont de toute manière acquis à mes idées, pourquoi leur faire perdre du temps à regarder mes œuvres ? Ils ne comprennent aucunement ma démarche et se désintéressent de moi. C’est d’ailleurs tout à fait réciproque. En plus, les bourges me tuyautent pour m’indiquer comment faire disparaître le fric dans des trusts de droit anglo-saxon.

Reporter : Ca ne vous manque pas de peindre ?

Ah non, au contraire, je m’en suis libéré pour entrer dans le domaine des mots. C’est tout à fait IN, et dans le domaine de l’art, il faut suivre les trends, sinon on reste méconnu. Je présenterai donc des jeux de mots sur des grandes toiles, par exemple « Allons-y d’art d’art…», « L’art et le cochon », » l’artiste, lard triste, » « l’art rigolart, » et tant d’autres. Et j’irai sprayer sur les murs « Le mur mure »., « l’art mure ». Vous verrez, c’est le succès assuré !

Reporter : Merci.
Maintenant je me tourne vers Pasisso, un artiste très sollicité sur la scène parisienne : et vous, quel est votre secret ?

Ah, Oh, un heureux hasard. Je me promenais sur les quais de Paris et vlà que je tombe sur un journaliste qui s’apprêtait à faire une photo de Picasso. Alors, je me suis précipité sur ce dernier au moment du flash en le prenant dans mes bras. Bon, il a râlé, il m’a foutu une baffe, ses copains m’ont tabassé et puis jeté dans la Seine… Mais qu’importe, j’ai pu récupérer la photo en soudoyant le journaliste, et ça, ça vaut bien quelques petits inconvénients.

Reporter : Oui, de la Seine à la Scène.

Pasisso : En effet, c’est là que j’ai adopté mon pseudonyme Passisso, puis j’ai rapidement obtenu l’étiquette « Ecole de Picasso », ou «Cercle de Picasso ». Du coup, la valeur de mes œuvres a passé de zéro à un million d’EUROS. Et comme on ne prête qu’aux riches, j’ai été sollicité par de nombreux politiciens illustres (rien à voir avec « illustrations », je déteste ces trucs visuels). Ils ont tenu à me serrer la main en public ; oui, la politique, c’est comme la peinture, c’est un travail manuel. C’est clair que toutes ces mains serrées, quelques pattes graissées, un doigt d’honneur par çi par là, ça vous crée une réputation de bon artisan. Voilà. Bon, pour ce qui est de la peinture, veuillez vous adresser à mon atelier. Moi, je suis devenu marchand, parce que cette odeur de térébenthine, pouah !!I Et j’ai du renoncé à l’aquarelle, parce que ne je ne suis pas un artiste immergeant.

Reporter : Comment percevez-vous le marché de l’art ?

Oh c’est simple, les mauvais peintres, on fait monter leur prix dans les enchères avec les copains. Les bons, au contraire, on s’entend pour ne pas faire monter les enchères, on fait une seconde enchère privée entre copains. Ca s’appelle une révision.

Reporter :
Et maintenant, pour terminer en apothéose, nous allons interviewer le grrrrand crrritique d’art Bienenvue : Monsieur Bienenvue, comment caractériseriez-vous l’art contemporain ?

Bienenvue : L’art est ancré à un point fixe. Il y développe son suf (fixe) et ses pré(fixes). Il est en effet quasi inévitable de s’inscrire dans une mouvance en isme. Impressionnisme, cubisme, minimalisme, réalisme, symbolisme etc. Le Préfixe permet de multiplier les étiquettes. On ajoute un néo, un hyper, un supra, un ultra etc. Ce qui peut fournir de nombreuses combinaisons. Par exemple, hypernéoréalisme, postnéohyperultra-cubisme, etc. Le nombre de combinaisons s’obtient par un calcul de factorielles. Et ça va vite !
Mais malheureusement, le nombre d’artistes croît à une allure vertigineuse : le total des combinaisons possibles ne permet même pas d’attribuer assez d’étiquettes distinctives pour chacun d’entre eux.

Reporter : Pour pallier ce manque, on pourrait personnaliser les ismes. Par exemple, vous vous appelez Bienenvue, on parlerait de Bienenvunisme ?

Bienenvue Certes, mais vous créeriez un fâcheux précédent. On devrait en effet alors parler de Monetisme, de Picassotisme, de Pissarotisme et j’en passe ! Vous anticipez les moqueries ! L’art perdrait son sérieux de bon aloi! Et imaginez un peu, si les artistes émergents s’appelaient Manu (les manudistes) ou Hérault (l’héraultisme) : Et si les chefs de file de l’école anglo saxonne s’appelaient Lamp (les lampistes), Fume (les fumistes) ou encore Mach (les machistes) !!!

Haa Haa Haa (ils s’esclaffent de rire)

Reporter :

Reprenons notre sérieux si rassurant pour l’authentique amateur d’art: puisque nous avons épuisé tous les mots du dictionnaire, nous devrions en déduire que la peinture n’évoluera plus.

Bienenvue Oui, c’est bien ça…
(ils pleurent)
Notez, il y a encore un espoir…

Reporter : Ah oui, dites, dites !

Bienenvue Il existe encore des peintres qui travaillent pour la couleur, la lumière, les formes et les volumes ! Sans chercher à théoriser !

Reporter : Sans chercher à théoriser ??? Mais ça mène à quoi ?

Bienenvue Ben… à une œuvre purement visuelle…

Reporter : Ouais, mais ça vaut rien sans les mots !!

Bienenvue Mais non, essayez donc de sortir de votre conformisme !

Reporter : Oui, bon, une image sans mots, ça peut servir de Branding pour une grande marque…

Bienenvue Mais non, vous n’y êtes pas ! Certaines personnes regardent un tableau pour sa beauté exclusivement !

Reporter : Ah bon….Comme on regarderait une jolie fille ?

Bienenvue Voilà, vous y êtes, la mince frontière entre l’art, le lard et le cochon !!!

Reporter : Mais vous, qu’est-ce que vous deviendriez ??

Bienenvue Et vous donc? Nous sommes tous deux contraints de trouver des mots pour décrire l’indicible. Quel défi majeur du 21ème siècle !!!